La solitude de M. Daniel Ramasamy

                                                      

— Cela ne t’ennuie-t-il pas de vivre en ermite, sans chercher à voir nos enfants ou à fréquenter autrui ?

Non. Pas de réaction de la part de celle qui est assise à l’autre bout de la table. Plus étonnant encore, sa question n’a même pas provoqué un grognement de sa part. Elle s’est levée. Dosa, la galette de riz dans l’assiette s’est émiettée en plusieurs bouts. On se demande si la femme a écouté ce qu’il lui a demandé. Sans regarder l’assiette ni chercher à savoir si son mari a mangé ou non, elle débarrasse la table comme un humanoïde programmé et retourne à la cuisine. Il lui faudra au moins une demi-heure pour en sortir après avoir fait la vaisselle à sa guise. Comme si elle l’attendait, à ce moment précis, une quinte de toux éclate en force, chez ‘Monsieur Daniel’. De son côté, les lumières se sont éteintes comme si elles attendaient qu’elle parte – il est cerné par le monde sans lumière – l’obscurité se déploie partout -l’espace sans vie – et ce qui se tend pour le saisir. Soudain il a la sensation d’être renversé et se voit tomber à la renverse dans l’abîme, au fond, où il ne trouve que boue, que puanteur.

— Papa ?

— Quand es-tu entré ?

— Quelle question, papa ? Je ne suis allé nulle part. J’étais dans ma chambre.

— Ne me raconte pas de bobards.

— Viens voir si tu veux. Même les livres que j’ai lus sont encore là.

Pensant suivre son fils, il se dirige vers la chambre d’en face, pousse la porte et entre. Une bibliothèque achetée dans un magasin spécialisé, les livres qui y étaient rangés, le lit, la table, la chaise, l’ordinateur qui grondait sans cesse, un banc de sport, tout est parti, la chambre est vide.

Lakshmi, viens voir la chambre de ton fils ! Où sont passés tous les meubles de cette pièce ?

Aurait-il pu l’appeler un peu plus doucement ? En effet, il ne parlait jamais d’une voix forte ou tonitruante dans cette maison où vivaient tous ensemble : lui, sa femme et ses enfants. En général, les questions posées à voix basse recevaient des réponses, et les ordres donnés étaient exécutés. Pourtant, depuis quelque temps, ce n’est plus le cas. Le bonheur va-t-il s’estomper à mesure que les attentes diminuent ? Et la voix va-t-elle dévoiler son vrai visage pour nous entraîner dans un conflit perpétuel ? En se posant de telles questions, il sort de la chambre de son fils, et tout à coup, il sent une main puissante s’emparer de son cou, ses efforts pour s’en débarrasser se soldent par un échec, les mains se multiplient, toutes commencent à l’étouffer.

Juste devant lui, une silhouette sans visage.

– « Qui es-tu », demande-t-il.

— Solitaire, mais je ne suis pas venu seul, c’est avec mes amis que je suis venu. Tous ceux qui ont travaillé pour toi pendant des années et qui sont aujourd’hui éveillés : malice, tromperie, jalousie.

Il crie à sa femme : « Laxmi, viens ici ! » et reprend : « Aie pitié de moi ! il se passe quelque chose ici. N’as-tu pas encore fini de laver ces deux assiettes ?

Il emploie sa force autant qu’il le peut pour libérer les mains étranges de son cou. Il s’avance ensuite lentement, à pas mesurés, et s’assied sur sa chaise préférée, qui se trouve toujours devant la table. Resté immobile, il halète — il ne peut plus respirer. Sa femme pour sa part ne finit pas de laver les deux assiettes dans la cuisine, il entend encore la cacophonie. Si elle peut aller chercher de la Ventoline, cela aidera peut-être à calmer cette toux qui ne veut pas lâcher. Pour affronter ou juguler cette méchanceté, M. Daniel n’a ni le courage ni la force. En effet, la crainte que la toux n’expulse les intestins avec du sang grandit de jour en jour. Et il arrive parfois que l’inséparable salive sur sa langue se disperse. La toux gémissante frappe les murs et lui revient comme un boomerang. Quand il parle, sa voix n’est pas aussi tonique. Il presse sa narine quatre ou cinq fois, joint son pouce et son index, essuie le mucus liquide qui a visiblement coulé du bout de son pouce sur le bord arrière de la chaise.

Voilà ce qui s’est passé l’année dernière. Leur fille unique, qui ressemblait trait pour trait à sa mère, est allée comme tous les jours à la fac et n’est pas rentrée à l’heure le soir. Pour la joindre par téléphone, le père essaya, mais sans succès. Il appela donc son fils pour y parvenir. Son fils rejeta d’emblée la demande de son père, disant qu’elle n’était plus une gamine à craindre. Et sa femme, ce soir-là aussi, faisait la vaisselle comme si de rien n’était. Finalement, vers 23 heures, tard dans la nuit, ils reçurent un appel téléphonique.

— Papa ?

— Oui ?

— Tu connais Michel, mon ami, n’est-ce pas ? Je l’ai même amené chez nous une fois. ‘

— Dis-moi ! Je ne m’en souviens pas.

— J’ai donc décidé de rester avec lui. Dis-le à maman. Je serai à la maison dimanche si je peux. Elle a raccroché le téléphone.

Il se sentait comme si on lui avait soudainement coupé une branche, bien feuillue. Il se souvient être resté longtemps assis dans sa chaise préférée ce soir-là. On peut dire que sa toux infernale a dû commencer ce jour-là. 

Puis vint le tour de son fils.  ‘J’ai trouvé du boulot à Mulhouse’, disait-il le mois dernier, mais le père ne se rappelle plus le jour. 

– C’est bien. Mulhouse n’est pas loin d’ici. Si tu pars à 7 heures, ça te suffit amplement pour être à l’heure au travail - dit-il à son fils.   

— Quoi… 250 km par jour ? Je ne peux pas faire ça. Je préfère rester sur place et faire ça plutôt que de faire 250 km aller-retour tous les jours. Si j’ai le temps, je vous verrai le week-end.

— Pourquoi ? Est-ce que tu as aussi trouvé une petite amie, dis-moi franchement.

Le jour même, il est parti, coupant toutes ses relations avec son foyer et les siens. Et sa mère, pour peu qu’elle l’ait voulu, aurait pu changer la décision de son fils. Elle n’a rien fait et est restée muette comme à son habitude. Pour compenser le manque après le départ de sa fille, sa femme a apporté un chien, mais pour son fils elle a apporté un chat, en vérité pour augmenter la fréquence de la toux de son mari. Peut-être savait-elle tout, qui sait ? Elle assiste à tous les spectacles de la maison, non pas en tant que protagoniste, mais plutôt en qualité de simple spectatrice, de complice silencieuse.

On ignore combien de temps s’est écoulé depuis qu’il s’est assis ou assoupi sur la chaise. Lorsque la sonnerie du téléphone est venue le réveiller, le jour s’est déjà levé. En fait, il vient de loin, de l’Inde, plus précisément de l’Inde française du XXe siècle. Il parle donc le français, ainsi que la langue de sa région natale. Cette connaissance de deux langues lui donne l’opportunité d’être interprète de temps en temps dans l’administration où le service est requis. C’est ainsi qu’il a été appelé par la police des frontières il y a quelques minutes :

— Monsieur Daniel ! Bonjour. Je suis Jaques Trinidad, garde-frontière, on a besoin de vous pour une mission d’interprétation, vous pouvez venir ?

— Quand ?

— Aujourd’hui, dès que possible ?

— D’accord.

—-

La toux semble s’être un peu calmée. Cette nuit, il a mal dormi et s’est senti fatigué. Cela dure depuis quelques années. Avec la télécommande, il en a eu assez de changer les chaînes de télévision les unes après les autres par TF1, Antenne2, FR3, RTL9. Il choisit alors la chaîne tamoule, mais malheureusement, là aussi, ceux qui lisent les informations semblent de plus en plus désireux d’utiliser le mot « sensation ». En colère, il retourne sur RTL. C’est l’émission « ça peut vous arriver ». Un homme du même âge que M. Daniel raconte en toussant par intermittence comment un dépanneur venu réparer leur machine à laver a fini par escroquer une énorme somme d’argent.

Monsieur Daniel Ramasamy ne se souvient pas à quel âge la toux a commencé. Mais la quinte de toux n’a commencé que récemment. Cela vient toujours à l’improviste. Pendant ces quelques minutes, il a l’impression d’être possédé par un démon, et en plus il s’en lasse. La semaine dernière, un jour, la toux a semblé s’apaiser après un verre de whisky. Depuis, chaque fois que la toux arrive, il s’abrite derrière cette ambroisie. Ainsi, ayant senti que la toux frappe à la porte, il ouvre le mini bar du salon, prend une bouteille de whisky et un verre, s’assied sur sa chaise habituelle de la table à manger. Juste à ce moment-là, un “hmm” vient de derrière lui. Il tourne la tête, il s’agit de sa femme, de qui d’autre ?

Cela fait déjà trente ans que le couple s’est marié, comme le veut la tradition hindoue. Dans les premières années de leur vie conjugale, elle appréciait tout ce qu’il aimait : la nourriture indienne du Sud et du Nord, épicée et pimentée comme lui : riz, colombo, curry, chapati, Naan, Laddu, Halwa, chai Masala et ainsi de suite. Elle voulait aussi regarder les films des acteurs et actrices indiens qu’il aime. Mais quand elle a constaté que la toux prenait M. Daniel Ramasamy dans sa main, elle n’a pas pu supporter cela, elle a commencé à détester tous ses favoris, y compris sa chaise préférée. Elle a alors élaboré de nombreuses tactiques pour exprimer sa colère envers lui, l’une d’entre elles étant de s’éclaircir la gorge.

Comme la prochaine étape consiste à mettre en œuvre, en essuyant plusieurs fois le visage, elle s’est rendue aux toilettes et s’est mise à uriner, en émettant délibérément un bruissement gênant. Si c’était l’autre fois, il l’aurait peut-être grondée, mais aujourd’hui il n’a ni le courage ni la force d’exercer son pouvoir sur elle. Pour échapper à cette épreuve indésirable, il se réfugie dans le reste du whisky. Il a encore changé de chaîne de télévision. La série « Nestor Burma » est diffusée sur « Antenne2′. Guy Marchand, qui joue le rôle de “Nestor Burma”, a presque le même âge que lui. Néanmoins, il est très sensible aux femmes. Même s’il garde ses distances, les femmes l’aiment et le courtisent. Leurs deux lèvres — comme si elles avaient été entraînées plusieurs fois — sont pressées l’une contre l’autre et contre ses lèvres. Après quelques secondes, ils se séparent. Ensuite, comme d’habitude,  “Guy” pose son chapeau sur une table à côté de lui, et la femme l’embrasse en déboutonnant sa veste. Une femme soupçonnée par la police d’avoir assassiné son mari, l’associé d’une société d’import-export, sollicite les services de “Nestor” pour l’innocenter, voilà l’histoire. M. Daniel n’a pas besoin de regarder le reste. Il est certain que l’épouse a tué son mari. Du fait de l’attitude de sa propre femme qui le conduit, depuis quelques mois, à avoir de telles convictions.

Comme il s’y attendait, elle est sortie de la salle de bains et l’a regardé, ce qui signifie : “Tu es toujours assis sur la chaise ?”. Il en est conscient. Mais dans son esprit résonne l’appel téléphonique reçu plus tôt, selon lequel il doit être au poste de la Police Aux Frontières à onze heures et demie, ce qui signifie qu’il doit être à l’arrêt de bus dans la prochaine demi-heure. La dernière fois, un gros agent, tout en lui pinçant une ampoule rouge au coude, lui a demandé de respecter l’heure. Il s’est donc levé, est allé aux toilettes et a allumé la lumière. La peur de la lumière a fait grimper deux cafards au plafond, dont l’un pouvait à peine être déplacé. Devant le miroir, ses yeux étaient rouges et gonflés. Il n’y avait que de l’air dans le dentifrice. Heureusement, ses deuxième et troisième essais lui ont permis de se brosser les dents.   Avec l’eau dans ses paumes, il s’est lavé le visage. Après avoir pris un copieux petit-déjeuner, s’être habillé de tout ce qu’il fallait, il a quitté la maison. Le ciel est couvert. Il ne pleut pas vraiment, mais c’est menaçant. Un volatile s’est envolé tout seul. La route goudronnée, trempée par la pluie de la veille, repose paresseusement.

À l’arrêt de bus, une femme africaine avec un bébé dans le landau et deux adolescentes font les cent pas. Il ne peut pas dire d’où vient l’Africaine, si elle est d’un pays colonisé par la France ou d’ailleurs. L’un des problèmes qu’il rencontre depuis vingt ans est de deviner la patrie des Africains. Puis il y a deux autres filles qui se sont habillées sans tenir compte du temps : un morceau de tissu pour couvrir leurs seins tombants, et une jupe courte en jean, comme portée à contrecœur, avec une ceinture de rex rouge astucieusement attachée pour éviter le risque encouru. Les filles sont en train de mâcher un chewing-gum dans la bouche et, de temps en temps, l’arrêtent entre les deux lèvres et font une sorte de ballon, qui explose et se colle à l’embout, le récupérant à nouveau et l’enfonçant. Son attention a été attirée par un paulownia. Au pied du tronc, un mille-pattes tente de l’escalader et tombe au sol à chaque tentative. Les branches se balancent à l’occasion sous l’effet du vent et, dans leur mouvement, pompent l’eau de pluie, telle qu’elle attend d’être versée.

— Vous avez l’heure monsieur, une fille d’entre elles s’est approchée de de Monsieur Daniel et lui a demandé l’heure.

— Oui, il est onze heures moins dix, a-t-il répondu.

Le temps qu’il regarde sa montre et dise à la fille l’heure exacte, le bus est venu et arrêté.. Les autres ont laissé passer Monsieur Daniel et la jeune mère africaine avec son bébé dans la poussette, en premier. Il a une carte de transport gratuite pour les personnes âgées, et la machine l’a validée en émettant un bip. Heureusement, à cette heure de la journée, de nombreux sièges sont vides, et il en choisit un près de la fenêtre. Il est très fatigué. Après quelques secondes, il s’est endormi en émettant un léger sifflement. Quand il se réveille, le bus s’est arrêté à un arrêt du centre-ville. Ceux qui sont descendus courent pour attraper le “tram”, ceux qui ne peuvent pas courir, font des pas rapides, certains courent dans la direction opposée vers un autre bus, d’autres montent dans son bus et cherchent des sièges vides. Il suppose que tous ces gens traversent avec une certaine audace les solitudes qui les entourent et se traînent dans cette fichu boue.

Une vieille femme qui est montée dans le bus est venue s’asseoir à côté de lui et disait “Désolé”. M. Daniel prend place correctement et hoche la tête en signe d’acceptation de son comportement digne. En face de lui, se trouvent deux vieilles femmes qui doivent avoir le même âge que lui. En effet, la plupart des passagers du bus sont âgés. Ce sont des oiseaux, qui profitent de l’occasion pour déployer leurs ailes, afin de ne pas être arbitrairement incarcérés dans les cages des solitudes. Dans dix minutes, il pourra se présenter au bureau des gardes-frontières, qui se trouve sur la rive du Rhin, pense-t-il.

— Un étranger qui, jusqu’à hier, était locataire comme moi est aujourd’hui devenu propriétaire d’une maison. D’ailleurs, je ne l’ai jamais vu aller travailler », dit l’une des femmes à sa voisine.

— ça ne m’étonne pas. Si nous faisons des naissances comme eux chaque année, nous pouvons aussi en acheter une sans problème. Qui profite de tous les impôts que nous payons, vous savez ?

— Excusez-moi mesdames ! Vous savez, pourquoi votre voisin étranger, a-t-il beaucoup d’enfants ? Si vous le désirez, je peux vous dire le secret.

–  « …. »

Leurs visages révèlent qu’elles ne veulent pas que M. Daniel s’immisce dans leurs affaires.En tout cas, il s’est résolu à partager son savoir dans cette affaire.

— La cause de l’aspiration de certaines personnes à avoir plusieurs enfants est un moyen de conjurer la solitude qui s’approche à la même vitesse que le départ de chaque enfant. C’est un moyen de combler le vide laissé par ceux qui sont partis.

Ils froncent les sourcils comme pour rejeter son intervention. Le bus s’est arrêté à l’endroit où il doit descendre.

Au début du pont européen, à gauche, les drapeaux nationaux des États membres de l’Union européenne sont alignés, ce qui lui donne le motif de leur union : la peur d’être seul est un problème fondamental de toute l’humanité. De l’autre côté du pont, le Rhin, qui évoque une mer calme, se déplace majestueusement du sud au nord. Le ciel, qui était gris et bruineux peu de temps auparavant, est devenu bleu et lumineux malgré la présence de quelques nuages ici et là, et l’on dirait que la moitié du ciel a été tirée et attachée de l’autre côté du Rhin. Le soleil tape impitoyablement. Les véhicules des deux côtés de la route roulent avec une férocité inouïe. M. Daniel se dirigea vers le trottoir situé à droite du pont. Il continue à marcher et arrive au début du pont. Il est juste devant le bureau de la police des frontières, dont il commence à radiographier les scènes dans sa tête, d’un bout à l’autre : un des policiers l’attend, regardant sa montre par moments. Un ou deux Tamouls captifs qui ont tenté d’entrer illégalement en France attendent, agonisants, de répondre aux demandes de renseignements. Dans la même situation, il voit aussi d’autres étrangers. L’un des policiers attend peut-être même un interprète pour eux. Ils s’inquiètent de la nécessité d’appliquer correctement la loi.

Le Rhin coule tranquillement sous le pont européen. Dans l’eau, il voit des nuages sales qui semblent avoir été rincés à dessein. Les barges, qui semblent avoir été trempées de noir au bout de la queue, rugissent dans le cœur de Monsieur Daniel. La nudité du fleuve le fascine. Les vagues montantes se condensent en bulles, qui se fendent à la vitesse de l’eau, puis des blocs d’écume descendent dans son âme sous forme de salive. L’esprit frappé trébuche dans le tourbillon du fleuve. Un air frais et agréable venant d’en haut, semble vouloir le libérer de sa détention de solitude. C’est agréable. Il lève les yeux et voit le ciel. Il contemple une dernière fois le poste de la police des frontières et descend vers le fleuve.

Le soir, un agent de la police des frontières française a appelé chez eux et a demandé si « Monsieur Daniel » était à la maison. Madame Daniel, comme si elle ne voulait pas lui répondre, a gardé le silence. L’agent poursuit : « Nous l’avons appelé pour une mission d’interprétation, mais il ne s’est pas présenté ». Décidant de rompre le silence, elle lui dit : « Vous n’avez qu’à lui demander, je ne sais pas » et a raccroché le téléphone. Quelques minutes plus tard, elle s’est assise pour la première fois sur la chaise habituelle de son mari. Elle pensait à préparer son plat préféré pour la nuit.

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